
Une quête de sens
Il est 8h20 ce jeudi quand Robin Emberger débute sa journée en poussant la porte de la clinique vétérinaire Jarlard d’Albi dans le Tarn. Direction les vestiaires pour enfiler une blouse couleur turquoise. Cet ASV de 26 ans terminera très prochainement son alternance, une reconversion professionnelle réussie : « À l’origine, je travaillais dans un salon de thé. J’ai effectué un BTS en hôtellerie restauration. La Covid est passée par là et j’ai voulu un peu de changement. Après quelques rencontres m’ayant permis de découvrir le métier d’ASV, j’ai intégré la formation adéquate. Je ne regrette pas du tout ce choix. » explique-t-il.
Il est l’heure déjà de la première chirurgie journalière. Et ce matin, c’est Robin qui assiste le vétérinaire. Pour effectuer les préparatifs préopératoires, il anesthésie d’abord la chatte concernée avant de tondre son bas-ventre.
Une fois amenée sur la table d’opération, l’animal endormi va subir une ovariotomie. Les gestes sont précis et méticuleux. Si l’opération est courante, l’attention est toujours de mise : « Auxiliaire vétérinaire, c’est vraiment un métier à part où il faut constamment rester concentré pour ne pas faire d’erreurs. Nous sommes très polyvalents en réalisant aussi bien des missions d’accueil, de gestion, de comptabilité, de nettoyage mais aussi des missions plus techniques médicalement parlant en aidant notamment à la contention, aux analyses ou aux opérations chirurgicales d’animaux. Nous sommes les couteaux suisses de la clinique. » résume le jeune homme.
Toute la matinée, les opérations vont s’enchainer avec le même objectif pour Robin : prendre soin de l’animal et veiller à ce qu’il demeure dans les meilleures conditions avant et après chaque intervention : « Si on fait ce métier, c’est aussi par amour des animaux. Toute l’équipe ici possède un animal chez elle. Nous voulons leur bonheur car ils nous le rendent bien. ». Un amour pour les compagnons à quatre pattes qui remonte à l’enfance : « J’ai grandi avec 8 chats chez mon père. Je trouve que l’on voit en eux des qualités que l’on ne retrouve pas assez chez les humains : confiance, amour inconditionnel, bonne volonté. Aujourd’hui, ce sont des membres de la famille à part entière et ils nous font réellement du bien en nous aidant à surmonter beaucoup d’épreuves de la vie. » argue-t-il, reconnaissant.
Le sentiment de compter
Les chirurgies terminées et les animaux encore sous anesthésie dans leur box, l’auxiliaire vétérinaire prend le temps de nettoyer les instruments chirurgicaux en les stérilisant pour les futures opérations du lendemain. Un planning scrupuleusement respecté, avec des tâches récurrentes mais toujours différentes : « Même si les journées se ressemblent, il ne se passe jamais la même chose : il y a toujours des nouveaux patients, des nouveaux animaux, des nouveaux cas. Comme on change de poste régulièrement, c’est très diversifié et j’ai besoin de cela pour m’épanouir ».
Après une pause déjeuner méritée, Robin endosse un rôle qu’il affectionne : assister ses collègues aussi bien à l’accueil pour les prises de rendez-vous qu’à l’arrière de la clinique en téléphonant aux propriétaires d’animaux afin de rendre compte de leur état. Dans une époque où différentes professions souffrent d’une perte de sens, le jeune homme s’épanouit comme auxiliaire vétérinaire, un métier où la présence d’hommes est toutefois très rare : « Pour ma part, je le vois comme une fierté car ce n’est pas si courant. Malgré tout, c’est en train de se développer et c’est une bonne chose car la mixité est importante. Il est nécessaire de faire voir cela. » analyse-t-il devant l’ordinateur, téléphone encore en main.
Gérer le stress du quotidien
Le métier d’ASV est-il toujours idyllique ? Non, évidemment, l’humain prenant une part importante dans la profession et exerçant alors une influence certaine sur la qualité de vie au travail. Si bien que, quand Robin doit pointer un facteur de stress dans son quotidien, il n’hésite pas bien longtemps : « La clientèle peut parfois être source de tension. On peut le comprendre, le client est exigeant, veut des résultats rapidement car l’animal prend une place de plus en plus importante dans sa vie. Il y a de l’affect qui se mêle souvent avec des problématiques budgétaires en ces temps d’inflation. C’est aussi à nous de faire du mieux que l’on peut sans pour autant prendre cela personnellement. Nous sommes l’image de la clinique. »
En fin de journée, Robin Emberger accompagne ensuite l’un des vétérinaires de la clinique pour retirer les cathéters de chiens hospitalisés en vue de les restituer à leur propriétaire. La journée s’étire doucement et l’heure est au sentiment du devoir accompli. « Si des jeunes souhaitent devenir ASV, il ne faut surtout pas qu’ils se démotivent » ajoute-t-il en nourrissant les animaux présents dans la chatterie. Le jeune homme poursuit : « Trouver une alternance peut prendre du temps. C’est un métier passion, et s’il y a passion, alors il y a motivation, malgré les difficultés qui peuvent se dresser sur le parcours. Tout ne s’apprend pas du jour au lendemain et il convient d’être sérieux car d’une certaine façon, nous avons la vie d’animaux entre les mains. La rigueur, le sérieux, l’organisation et la gestion du temps sont les atouts indispensables pour devenir un bon ASV. »
À 18h30, dans une ambiance d’équipe familiale et rigolarde, ces femmes et ces hommes de l’ombre se saluent. Demain encore, d’autres animaux auront la chance de pouvoir compter sur eux.
